Je me souviendrai longtemps de la Fête des Lumières 2017. Le hasard a tout fait se télescoper, la Fête des Lumières pour Lyon, des funérailles historiques et le 31e Téléthon. Et par dessus le marché, un temps super pourri, de vent violent et de pluie. Je prends le parti d'en rire, "le sourire c'est la musique de la vie".

 

Jean et Jean-Philippe sont partis l'un derrière l'autre. Leurs regards si bleu, qui en disaient long, se sont éteints presque en même temps. Leur vie a été remplie d'ombres et de fêlures. Un écrivain et un chanteur populaires qui marqueront l'Histoire de notre France, un destin plus sélecte de la Littérature et celui plus rock and roll de la chanson. Se sont-ils connus, croisés, une fois dans leurs vies ?

En 2018, étrangement, un livre et un CD posthumes seront sur le marché, un antidote à la grisaille des jours. Que l'on soit apprenti philosophie ou fan de belles bécanes.

Ils peuvent dire tous les deux, malgré tout, que leurs vies furent belles, même si leur rapport à la vie n'était pas la même, aisée pour l'un, mal aisée pour l'autre.

"Il faut des Héros pour qu'un pays soit grand". Hommage national et Hommage populaire, la République a su faire la part des choses pour réconcilier deux mondes qui n'ont pas les mêmes valeurs.

 

Pour Jean d'Ormesson, vendredi 8 décembre 2017, dans la cour d'honneur des Invalides à midi, cérémonie officielle. Aucune fleur, un cercueil endrapeauté en bleu-blanc-rouge, sa grand-croix de la Légion d'Honneur et son épée d'Académicien, pas cadencés de la Garde républicaine, hommage du Président de la République qui a déposé, selon le souhait du défunt, un simple crayon à papier, "le crayon des enchantements", petite musique de Mozart et le violon de Renaud Capuçon.

Solennité. Sobriété. Silence. Recueillement et émotion pour l'Académicien, qui fit ses premiers pas sous la Coupole en 1973, pour ce dernier voyage accompagné de sa femme, de sa fille, de sa petite fille, de ses amis Immortels et d'une poignée de gens importants.

"Une beauté pour toujours. Tout passe. Tout finit. Tout disparaît. Et moi qui m'imaginais devoir vivre pour toujours, qu'est-ce que je deviens? Il n'est pas impossible... Mais que je sois passé sur et dans ce monde où vous avez vécu est une vérité et une beauté pour toujours et la mort elle-même ne peut rien contre moi." Jean d'Ormesson


Pour Jean-Philippe Smet, samedi 9 décembre 2017, un tout autre décor. La grande avenue noire de monde est en fête et en détresse. Le peuple s'empare de la rue et prend le pouvoir, comme pour Victor Hugo, Piaf ou Cloglo. Le long cortège funèbre de bikers sur leurs Harley descend les Champs Elysées à pas d'escargot, entouré de milliers d'anonymes en pleurs qui crient son nom, Johnny.

Emotion. Respect et recueillement pour son dernier show. Mise en scène orchestrée, cercueil blanc et brassées de fleurs de la même couleur. Guitaristes orphelins et désemparés. Et le violon de Gautier Capuçon.

Chagrin populaire. Gigantisme. Surréalisme. Le clan Halliday au grand complet, Laétitia, Sylvie, Nathlie, David, Laura, Jade & Joy, Lliona, Emma, Cameron, qu'on appelle par leurs prénoms, comme les Anglais pour la Famille royale, entourés du couple présidentiel, d'amis musiciens, comédiens et de politiciens, qui, en choeur, applaudissent l'Artiste dans l'église Sainte Marie-Madeleine.


Deux journées du Souvenir à l'intensité historique, de la mesure à la démesure...

"Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir où personne ne part..."

 etoile