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Goût du chat


Avertissement : Dans l'adorable bouquin "Le goût des chats", une petite note* en dessous du texte délicieux de Joseph Delteil (1894-1978) suggère de mettre le mot "chat" au féminin... Ca vous fait penser à qui ? 

Kiraz_1

 

Ce que j'ai fait !
(c'est drôle, j'ai immédiatement pensé aux illustrations de Kiraz dans Jour de France !)

Pour rétablir la vérité du texte, il suffit de remplacer le féminin par du masculin...

 


"Toutes les chattes de Paris sont sur les toits de Paris. 

Il y a là la chatte blanche de la crémière, basse sur patte, ocrée, ronde, ronronne, la langue épaisse, gourmande de lait et de crémiers. 

Il y a la chatte de Madame Durant, ocellée, rouée, tout écrite comme un journal, pareille à un petit zèbre de l'air.

Et la minette de la bonne, au cinquième, lâche et chaude dans son pelage bleu-blanc-rouge.

Sur les toits des Champs Elysées sont les belles chattes de la bourgeoisie, les grandes angoras joufflues, pleines de principes et de lois, la rosette au poitrail, avec leurs moustaches de gendarmes et leurs fourrures de chez Pasquin.

Plus loin, voici les chattes du Champ de Mars, la queue en trompette, la tête en forme de képi, guérrières d'appartement en service au poste de T.S.F.

Et puis les chattes du XVe, les chattes de petites toitures de fortune, en manches de chemise, en caleçon, lestes, faméliques, poivrotes de lunes.

Et les minettes du Bois, silencieuses, confortables, éprises de fortunes et de bonnes fortunes, les Rolls-Royce des chattes.

Et les chattes de Montmartre et des Batignolles, chattes de bistrots et de cours à linge, aigües, inverses, maigres de vices, luisantes de cocos, la queue à l'envers.

Et les chattes du boulevard de la Chapelle, en casquette à carreaux, juchées sur les piles du métro.

Et les chattes d'Italie, pauvres chattes de misère noire, soeurs cadettes des rats, nourries de miettes et de coups de pieds.

Et les chattes du Luxembourg, chattes étudiantes blanchies sous le harnais, chattes sorbonniques, chattes parchemins.

Et les chattes des douairières, fardées, chattes à gigolos.

Et voici encore les petites chattes des dactylos, la patte métallique, la frimousse en poudre de riz.

Et les minettes des berges, dîneuses de guinguette et de trémolos, en équilibre sur les trapèzes des dimanches.

Toute la gamme des chattes, chattes splendides et chattes misérables, chattes de cordes et chattes d'anges, grand vol de chattes ailées posées sur Paris par la lune." (Les Chats de Paris)


Pour Joseph Delteil, à Paris, tous les chats ne sont pas gris. Loin s'en faut ! Ils auraient plutôt la fâcheuse tendance de reproduire les caractéristiques physiques de leurs maîtres, selon leurs origines sociales et le quartier où ils habitent. Anthropomorphisme, vous avez dit anthropomorphisme ?

 

Natty-octobre 2016 (10)

 

*Joseph Delteil, qui fut surréaliste, et publia ce livre en 1930, ne serait-il pas un petit coquin ! Mettez le mot chat au féminin, et songez bien plutôt aux Parisiennes qu'à l'animal, vous comprendrez alors ce qui sembla tant enchanter notre provincial auteur à son arrivée à Paris...