Jeu-plumes à thème d'Asphodèle

 

Asphodèle nous propose un thème qui lui est cher : la correspondance. Elle nous invite à y glisser les mots : plume - épistolaire - échange - relation - courrier - essoufflement - assortiment -liaison - amoureuse - carte - rencontrer - lettre - souvenir - distance - train - couleurs - pétrifier -pantin - perpétuel

 

Avertissement : Ne vous méprenez pas et ne cherchez aucune relation avec le prénom ! Une fois encore je franchis la frontière de l’inconnaissable ; cet échange épistolaire n’aurait jamais pu se faire…Il s’agit-là d’une lettre du défunt à l’auteur-interprète chargé d’écrire un album-souvenir* à sa mémoire. J'ai pris la liberté de procéder à quelques détournements nécessaires de la vérité !

 

Cher Alain,

Mon courrier vous surprendra peut-être. J’ai souhaité vous livrer un assortiment de mes souvenirs -où les couleurs sont toujours présentes- qui guideront votre plume habile dans le choix de vos mots et rimes.

On dit que le bonheur ne tiendrait qu’à un fil…

Petit garçon, j’ai commencé à tisser le mien en habillant mes poupées, là où l’air du temps souffle les parfums les plus odorants et les mêle au chant des sirènes. Je rêvais déjà, qu’un jour, en lettres d’or, mon nom brillerait sur les Champs-Elysées.

J’ai quitté les rues d’Oran, pris le bateau puis le train pour venir à Paris. Et grâce à Dieu, tout est allé très vite. Jeune homme au regard timide derrière mes lunettes en écaille, le monde de la mode m’a adopté. Bien loin du Coran, j’ai trouvé l’inspiration dans les pages des revues mondaines. Comme un pantin en perpétuel mouvement, j’ai dessiné, cousu, créé, et j’ai eu droit à un petit bureau à la droite de Dior.

Elevé au rang d’icône de la vie parisienne, dans les salons feutrés, j’ai rencontré des femmes dont je me tenais à distance, pétrifié par tant de beautés et de célébrités.

J’ai découvert les jeux interdits dans une liaison amoureuse, les fracas d’une guerre et les sombres couloirs d’un hôpital militaire pour soigner une dyspnée (essoufflement) légère. En dépression aiguë, le chouchou du beau monde, sans ses ailes de tissu, n’est plus qu’un ange qui tombe. Chez Dior, on n’a plus voulu du Petit Prince d’hier. Pourtant quand l’un perd courage, l’autre épaule celui qui tangue et les deux ne font qu’un… Dans le jardin Majorelle, j’ai butiné et inventé les flots de rouge sur mes tissus, les jaunes vifs qui émerveillent les demoiselles et même le soleil.

J’étais devenu le jouet d’un homme et d’une poignée de riches : peu importe qui trompe qui quand le marketing et la poésie s’installent sous le même toit...

C’est ainsi qu'un beau jour  j’ai pu enfin admirer un Y, un S, un L, sur la façade d’un hôtel où flotte l’étendard du luxe Made In France.  Au 5 de l'Avenue Marceau la jet-set se presse, s’empresse, se pare et s’empare des smokings et autres habits des mannequins.

 On dit
que le bonheur ne tiendrait qu’à un fil
ce fil
est l’un des seuls que je n’aie su tisser
et si
toute ma vie n’a tenu qu’à un fil
ce fil
il est venu le temps que vous le chantiez…

Je vous adresse la carte de mon Ami Pierre B. N'hésitez pas à le contacter pour régler les questions de commercialisation du CD. C'est lui qui a toujours été le grand argentier.

Avec toute ma sympathie.

                                                                                                                       Yves Henri Donat Mathieu-Saint-Laurent, dit YSL

 

*Texte inspiré du livret du CD «Une vie Saint Laurent» par Alain Chamfort
tout ce qui est en italique a été "butiné" dans les chansons

Une vie YSL