Poésie du Jeudi

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 Hymne à la nuit
Comte Robert de Montesquiou (1855/1921)
ami de Sarah Bernhardt

Le mystère des nuits exalte les coeurs chastes ! 
Ils y sentent s'ouvrir comme un embrassement 
Qui, dans l'éternité de ses caresses vastes, 
Comble tous les désirs, dompte chaque tourment.

Le parfum de la nuit enivre le coeur tendre ! 
La fleur qu'on ne voit pas a des baumes plus forts... 
Tout sens est confondu : l'odorat croit entendre ! 
Aux inutiles yeux tous les contours sont morts.

L'opacité des nuits attire le coeur morne ! 
Il y sent l'appeler l'affinité du deuil ; 
Et le regard se roule aux épaisseurs sans borne 
Des ombres, mieux qu'aux cieux où toujours veille un oeil !

Le silence des nuits panse l'âme blessée ! 
Des philtres sont penchés des calices émus ; 
Et vers les abandons de l'amour délaissée 
D'invisibles baisers lentement se sont mus.

Pleurez dans ce repli de la nuit invitante, 
Vous que la pudeur fière a voués au cil sec, 
Vous que nul bras ami ne soutient et ne tente 
Pour l'aveu des secrets... - pleurez ! pleurez avec

Avec l'étoile d'or que sa douceur argente, 
Mais qui veut bien, là-bas, laisser ce coin obscur,
Afin que l'oeil tari d'y sangloter s'enchante 
Dans un pan du manteau qui le cache à l'azur !

 

 coeur cailloux