Jeu-la poésie du jeudi chez Asphod'L

son carnet 2016 est ICI

(429 mots !)

 

"Nous ne savons plus la patience des saisons qui offre à notre attente le fruit lentement maturé.

Nous ne savons plus la saveur de la rareté, la jubilation et la satisfaction.

En nous, tous nos désirs se confondent et un tambour mystérieux cadence nos jours avec une célérité ivre.

Nous ne savons plus le repos, nous ne savons plus rien des rythmes du ciel et de ces grands balancements dont nos poitrines seules gardent le souvenir et le regret."

Pierre Rabhi
"La puissance de la modération"
Hozhoni Editions

 

Si vous avez le temps, voici la suite du chapitre "Cadence/Rythmes" (pages 72 à 75) (les phrases en gras sont en gras dans le livre)

"L'accélération et l'efficacité sans limite sont incompatibles avec la réalité vivante cadencée par des cybles biologiques et cosmiques.

Ce système nous coupe de l'essentiel : l'intériorité qui nous aide à la fécondité de la lenteur, du vide, du calme.

Nous voici pris en otages par le dieu Chronos devenu fou, hystérique ou épileptique, avec l'impression d'une vie éphémère et une histoire qui ne sait où elle va tout en y allant résolument.

La vie des hommes devient la proie des mesures, les fléaux des balances anéantissent le rêve.

Les horloges suractivées font des humains des danseurs toujours en transe, pour que le crescendo dont ont besoin le PIB et le PNB ne souffre d'aucun ralentissement, pour que des désirs toujours inassouvis puissent entretenir une prospérité sans joie?

Tandis que nous nous battons avec le temps qui passe, celui qu'il faut gagner, nos véhicules, nos avions, nos ordinateurs nous font oublier que ce n'est pas le temps qui passe mais nous qui passons.

C'est peut-être entre la trop grande lenteur du Sud, désespérantes, il est vrai, face aux urgences qui s'imposent au devenir des peuples pauvres, et la trop grande rapidité du Nord, transformée en activisme incontrôlable, que se situe la cadence idéale. Car il faudra bien trouver le pas pour enfin cheminer ensemble.

Un ordre universel donne la cadence immuable, nous rappelant à chaque instant que nous sommes nous-mêmes cadence, comme en témoignent les pulsations de nos coeurs, la respiration qui anime nos poumons, las menstrues féminines et bien d'autres rythmes et biorythmes dont nous n'avons pas conscience. Ainsi le réel est-il merveilleusement beau de ses évidences et tout aussi beau de ses mystères.

J'ai peu à peu pris conscience que mon jardin est le microcosme où les cadences de la vie demeurent intactes ; le cultiver est le moyen le plus direct de me connecter à mes propres cadences.

L'aliénation c'est d'abord cela : ne plus avoir le temps de jouir de la beauté."

 

MERCI, Célestine, de m'avoir offert ce livre dont tu parlais déjà dans ton blog ICI