Finalement, j'y prends goût ! Deuxième LC avec Valentyne pour un roman dont le titre ne peut que lui plaire. La lecture individuelle des Nymphéas noirs nous a entraînées loin ; après Aurélien d'Aragon, nous avons été tentées par Le cheval blanc d'Elsa Triolet. ICI Valentyne a aimé.

Le cheval blanc

 

"Qu'est-ce qu'un livre ? Une suite de petits signes. Rien de plus. C'est au lecteur à tirer lui-même les formes, les couleurs et les sentiments auxquels ces signes correspondent." Anatole France (Le jardin d'Epicure)

Après la lecture de ce roman, il m'a fallu du temps -et de la volonté- pour mettre le doigt sur des petits signes, vraiment.

 

 

Tout au long des 5 parties du roman, on suit la vie de Michel Vigaud, "si beau, si mystérieux, si inaccessible", bien élevé, doué pour la musique, pianiste, chanteur, capable même d'exercer d'autres métiers pour se tirer d'affaire, mais profiteur, opportuniste, assez fataliste -c'est une qualité !-, qui "n'aime rien sauf les jolies femmes", la liste est longue, rêvant d'être un héros alors qu'il a le sentiment d'avoir raté sa vie.

"Le passé. Il avait un passé... Il (Michel) n'avait pas d'avenir. Ni de passé, au fond... Drôle qu'il en fût arrivé à penser ça. Que s'était-il préparé pour la deuxième moitié de sa vie ?..."

"Il avait raté sa vie, parce que ne lui avait pas donné l'occasion de la sacrifier pour quelque chose, pour quelqu'un. Etait-ce sa faute si, dans notre 20e siècle, personne n'avait besoin de sacrifice ? Il était venu au monde trop tard, on ne sait plus ce que c'est que le sacrifice, l'héroïsme, l'honneur, l'amour..."

Dans ces années troublées de la seconde guerre mondiale, il sait s'adapter à toutes les situations, sinon il disparaît, s'enfuit puis revient pour une nouvelle tranche de vie.

Ainsi, il passe dans les lieux fréquentés par l'auteur depuis son enfance : Paris, Berlin, New York, etc. Tous les personnages imaginaires gravitent dans un monde d'argent, d'oisiveté, un milieu de business et de magouilles.

Obsédé par une femme, Elisabeth, Michel ne sait pas l'aimer alors qu'il est fou d'elle : "Je vous aime... Il n'y a rien à expliquer : je ne veux pas coucher avec vous. Je vous aime. Ce sont deux choses séparées..." "Il ne faut pas m'en vouloir... Je ne peux pas ! Je ne peux pas parce que je vous aime... C'est trop immense. J'ai peur..."

"Elle avait un visage flou et qui se présentait toujours en profil perdu... rondeur de la joue délicate, du menton... Un cou mince soutenait cette blondeur rousse et rose et fuyante... Un peu voûtée, les épaules rondes, et tout entière ployée, comme froissée par un orage, si fraîche de l'avoir reçu, froissée et fraîche... Ses doigts évoquaient toutes les comparaisons classiques, les doigts de rose de l'aurore... Des doigts qui bougeaient, intelligents, élégants... infiniment précieux..."

Elisabeth ne le comprend pas, se détache, lui échappe, rencontre Stanilas Bienlenki, un ami de Michel à qui elle se confie, et l'épouse.

"Mais encore faudrait-il qu'il ne vive pas en dehors du temps en marche, qu'il ne s'accroche pas à son cheval blanc et à sa cotte de mailles ! Il ne sait pas que la légende d'aujourd'hui, c'est lui !
En somme, ce que vous souhaitez à ce fainéant, c'est de prendre conscience du monde réel... Son monde est plus réel que le vôtre, je vous assure... Vous êtes un poète, lui une poule de luxe..."

Comme tout devenait simple...

Il abandonne l'impossible possible en épousant Mary, une américaine fortunée, pour vivre le possible impossible où il s'ennuie en jouant son rôle de mari, profite sans scrupule de l'argent de sa femme, sans scrupule, la trompe honteusement et obtient enfin que Mary accepte le divorce.

"Oui, à l'heure qu'il était, il pouvait choisir son cheval pour faire son entrée dans la ville libérée par lui, où le peuple jetterait des roses sous les sabots du cheval... Il y en avait des alezans, des pommelés... Non, il n'y avait pas de cheval blanc dans ses écurires, il faudrait qu'il y en ait un, pour ne pas être pris de court, le jour où se présenterait l'occasion de libérer un peuple..."

Retour à Paris.

"Pris par Paris et sa propre vie qu'il traînait derrière lui, comme une dame la longue traîne de sa robe qu'elle manoeuvre, tantôt la laissant derrière elle, tantôt la rejetant de côté d'un coup de pied, ou la laissant s'enrouler autour d'elle.
Ah ! c'est toute une science qu'il faut avoir pour ne pas se prendre les pieds dans sa vie, pour la traîner derrière soi avec grâce et aisance..."

Michel Vigaud retrouve Simone, Elisabeth qui n'est plus avec Stanislas, Francine, Stanislas...

Mi-septembre 1939, les hommes ont été mobilisés. Cette fois, la guerre est là, "une guerre insipide comme un mariage de raison". Michel Vigaud a des hommes sous ses ordres qui le suivraient au bout du monde. Ils reçoivent l'ordre de reculer. Ses camarades sont massacrés. Le 31 mai 1940, Michel meurt en héros en voulant porter secours à un soldat blessé. Il a eu 8 mois pour réalisé son rêve d'enfant.

 

Je n'ai pris aucun plaisir à lire ce livre, je me suis même ennuyée. L'emploi de la 3e personne rend la lecture indigeste. Dans ces romans croisés, le style d'Elsa T. n'a rien à voir avec celui, poétique, de Louis A.

On y retrouve cependant des "connivences scripturales", des "échos intertextuels", des jeux de "rivalités créatrices".

Les époques sont différentes certes, mais se situent sous des ciels de guerres et la mort d'un des héros est inévitable. La vie du couple laisse son empreinte dans ces deux romans avec la fuite du temps, de l'amour, de la vie.

Le Michel d'Elsa m'a été beaucoup moins sympathique que l'Aurélien de Louis. Elisabeth et Bérénice se rejoignent dans leur état d'être.

cheval blanc
photo manège Parc de la Tête d'Or