Parfums
de Philippe Claudel

(Livre de Poche)

Parfums Ph
image du Net

 

C'est le bouquet coloré de pois de senteur de la page de couverture qui a attiré mon attention et m'a fait découvrir cet auteur lorrain. Une belle plume, assurément. Un voyage immobile dans les/nos années passées, dans "une boucle du temps".

Sous forme d'abécédaire composé de 3 voyelles et 12 consonnes, Philippe Claudel dresse l'inventaire des souvenirs conservés par sa mémoire. Les parfums qu'il contemple autant qu'il respire, ses 61 "madeleines", dont beaucoup sont aussi les nôtres, sont répertoriées en odeurs particulières, mais aussi en lieux, en images, en couleurs, en formes, en personnages, en références familiales, en bruits, en comparaisons, en décors, en références littéraires, en particulier Baudelaire -"qui décidément avait tout compris des choses et des hommes" (Légumes -page 119-)-, en objets usuels, etc.

A travers des flôts de mots, noms, adjectifs et verbes, Philippe Claudel nous grise parfois jusqu'à l'étourdissement. Toutes ses explications, d'une évidence presque enfantine, nous conduisent tout naturellement dans notre propre vie.

Pour ma part, j'ai retrouvé des anecdotes personnelles avec l'ail, l'alambic, l'après-rasage, la cave, le charbon, le cigare, les draps frais, l'étable, l'éther, le foin, le fumier, les Gauloises et Gitanes, un texte que j'avais choisi pour un Jeudi-Poésie d'Asphodèle ICI, le goudron, le gymnase, le lard frit, la mort, le Munster, la piscine, les pissotières, la pluie d'orage, la pommade, la salle de classe, le sapin, la sauce tomate, le savon, la terre, le tilleul, la torréfaction.

"L'odeur de la croyance indéfectible en un merveilleux mensonge qui dure depuis deux mille ans a soutenu bien des êtres, en a tué beaucoup d'autres." (Eglise -page 82)

"Chaque lettre a une odeur, chaque verbe, un parfum. Chaque mot diffuse dans la mémoire un lieu et ses effluves. Et le texte qui peut à peu se tisse, aux hasards conjugués de l'alphabet et de la remembrance, devient alors le fleuve merveilleux, mille fois ramifié et odorant, de notre vie rêvée, de notre vie vécue, de notre vie à venir, qui tour à tour nous emporte et nous dévoile." (Voyage -page 201-).

Coup de Coeur pour ce livre que je recommande à celles et ceux qui n'aiment pas trop lire !

 

Les Liseuses-Amies Liliba ICI et Liligalipette ICI avaient fait un billet en novembre 2012.

 

Philippe CLAUDEL : "Ecrivain traduit dans le monde entier, est aussi cinéaste et dramaturge. Il a notamment publié aux éditions Stock Les Ames grises, la Petite Fille de Monsieur Linh, le Rapport de Brodeck, romans qui ont connu un grand succès public et ont été couronnés par de nombreux prix. Membre de l'académie Goncourt, il réside en Lorraine où il est né en 1962."