Les Nymphéas Noirs
de Michel BUSSI

(Editions Pocket)

 

Ce titre était dans ma liste de livres suggérée à Sharon, pour le swap de printemps. Elle l'avait lu et aimé. J'ai suivi son conseil.

Ce roman policier, qui a reçu 5 Prix littéraires en 2011, m'a beaucoup plu parce que l'histoire se passe à Giverny. Et puis -et ce n'est pas rien- Sharon a pris le temps de me le faire dédicacer par l'Auteur. Encore mille mercis pour cette attention.

Michel BUSSI ICI né le 29 avril 1965, est professeur de géographie à l'Université de Rouen et chercheur, le jour et écrivain de polars, la nuit (cf l'Express). Il sévit également sur FB !


Sur www.cultura.com (5 questions à Michel BUSSI) voici ce qu'il dit lui-même de son roman :
"Pourriez-vous nous parler de cette histoire ?
Ce n’est pas facile, en réalité, si on ne veut pas révéler quoi que ce soit. Disons que le point de départ est un cadavre retrouvé dans le ru de Giverny (celui qui alimente le bassin aux Nymphéas), et qu’outre les deux policiers qui enquêtent, l’histoire progresse à travers les impressions de trois femmes, une institutrice troublante, une fillette de 10 ans très douée pour la peinture et une femme âgée qui erre dans le village… Jusqu’à ce que la seconde partie du roman, «exposition», ne révèle qu’en réalité… mais chuttt !"

 

Sharon-Nymphéas noirs

 

"J'approche mon visage du miroir en or écaillé.
Est-ce que je sais encore sourire ? C'était il y a si longtemps...
J'essaye.
Je traverse le miroir.Ce n'est plus une vieille femme que je vois dans la glace.
C'est le sourire joyeux de Fanette.
Ce sont les yeux Nymphéas de Stéphanie.
Vivants, tellement vivants."

Ce sont les dernières lignes de la page 493, la dernière ! "Moi vous me connaissez", je suis une incorrigible rebelle et je dévoile la fin ! Je peux faire à ma guise, je ne suis liée par aucun partenariat ! Et puis, j'en connais, hein ! -je ne citerai pas de noms- qui lisent la dernière page avant de commencer, alors !

Bien sûr, j'aurais pu vous livrer le tout début, page 13 :

"Trois femmes vivaient dans un village.
La première, (la plus déterminée: ce détail est écrit plus loin), était méchante, la deuxième, (la plus rusée, idem), était menteuse, la troisième, (la plus douée, idem), était égoïste.
Leur village portait un joli nom de jardin. Giverny.
La première habitait dans un grand moulin au bord d'un ruisseau, sur le chemin du Roy ; la deuxième occupait un appartement mansardé au-dessus de l'école, rue Blanche-Hoschedé-Monet ; la troisième vivait chez sa mère, une petite maison dont la peinture aux murs se décollait, rue du Château-d'Eau.
Elles n'avaient pas non plus le même âge. Pas du tout. La première avait plus de 80 ans et était veuve. Ou presque. La deuxième avait 36 ans et n'avait jamais trompé son mari. Pour l'instant. La troisième avait 11 ans... La première s'habillait toujours de noir, la deuxième se maquillait pour son amant, la troisième tressait ses cheveux pour qu'ils volent au vent."

Vous voyez bien que ça ne change rien ! Et même s'il vous semble avoir déjà compris, vous êtes loin d'imaginer le dédale dans lequel l'auteur se plaît à nous perdre pour nous faire douter ou nous pousser dans l'un des bassins recouverts de nénuphars.

 

Un avertissement court de Michel BUSSI nous signale qu'il a façonné son roman dans des lieux qui existent et dont il a respecté la description ainsi que pour l'authenticité des informations sur Claude Monet, Théodore Robinson et Eugène Murer, et enfin que les vols d'oeuvres d'art sont des faits réels.

Le roman est articulé en 2 tableaux, le 1er "Impressions" de la page 19 à la page 433, le 2e "Exposition" d'une cinquantaine de pages seulement. Les 4 derniers chapitres donnent les réponses aux questions que l'on se pose au fur et à mesure de la lecture. Les chapitres alternent entre les réflexions de la narratrice et la poursuite de l'enquête.

 

3 femmes, six chiens, tous des bergers allemands et répondant tous au nom de Neptune, un cadavre pour point de départ et une carte postale dans l'une des poches de son veston, représentant une étude en bleu des Nymphéas et au dos : "ONZE ANS. BON ANNIVERSAIRE, quatre mots écrits en lettres d'imprimerie, suivis "d'une mince bande de papier découpée puis collée : le crime de rêver je consens qu'on l'instaure."

Michel BUSSI nous entraîne, en 14 jours, du 13 mai au 26 mai 2010 exactement, dans les jardins de Monet et leurs secrets. Pour qui aime les Impressionnistes, ce roman restitue à la perfection ce "lieu de mémoire intemporel, une lumière, du mystère et des contrastes" (dit l'Auteur).

Je ne suis jamais allée à Giverny mais lorsque que j'aurai enfin le plaisir d'y faire une halte, je retrouverai les lieux décrits par Michel BUSSI. Et moi qui n'aimais que Auguste Renoir, me voilà intéressée par Monet et ses Nymphéas. Et moi qui m'intéressais déjà à Aragon, me voilà impatiente de lire Aurélien...

Impossible de faire un court résumé de ce roman magnifique et surprenant. Un seul conseil : lisez-le si ce n'est pas déjà fait.

Enfin, deux citations à propos de Monet :

page 239 : "C'est vrai, lance-t-il (Sérénac) ce que raconte Aragon dans son livre (Aurélien) ? Que Monet ne supportait pas la vue d'une fleur fanée et que les jardiniers les changeaient pendant la nuit, une nouvelle couleur chaque matin, comme si tout le jardin avait été repeint ?"

page 343, dialogue entre Paul et Fanette :
- "Il (Monet) avait commencé à peindre un arbre en hiver, un vieux chêne. Mais quand il est revenu, trois mois plus tard, son arbre était couvert de feuilles. Alors, il a payé le propriétaire de l'arbre, un paysan, pour enlever toutes les feuilles de l'arbre, une à une...
- Tu me racontes des histoires...
- Non ! Il a fallu deux hommes, pendant une journée, pour déshabiller son modèle ! Et Monet a écrit à sa femme qu'il était tout fier de pouvoir peindre un paysage d'hiver en plein mois de mai !"

 

"Non ! Non ! Pas de noir pour Monet, voyons !
Le noir n'est pas une couleur !"
Georges Clémenceau (au pied du cercueil de Claude Monet)

 

a-le Clos de la Cornière (15)bassin dans le Jardin du Clos de la Cornière