"...que faire
que dire
comment faire
comment dire..."

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image blog Me Stéphane Riand

"Une seule nécessité en ce jour d'une infinie tristesse, la nécessité de la joie des mots pour célébrer sans silence Charlie Hebdo."

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Une fois n'est pas coutume, je vais évoquer un livre (qui parle de poésie) pour ce jeudi-poésie de Miss Aspho -son carnet ICI

 

Jeu-la poésie du jeudi chez Asphod'L

 

 Une promesse
de Sorj CHALANDON

Une promesse - Sorj ChalandonT

 

Sorj Chalandon est né à Tunis en 1952. Journaliste et écrivain, après avoir travaillé 34 ans à Libération comme rédacteur en chef adjoint, il est aujourd'hui membre de la rédaction du Canard enchaîné. Ses reportages sur l'Irlande du Nord et le procès de Klaus Barbie lui ont valu le prix Albert-Londres en 1988. Il est notamment l'auteur du Petit Bonzi (autobiographique) dont l'histoire se passe à Lyon, de Mon Traître, Retour à Killybegs, La légende de nos pères, le 4e mur (histoire personnelle) qui a reçu le Prix Goncourt des lycéens en 2013.

Une promesse a reçu le Prix Médicis en 2006.

 

Ce livre est le premier de nos (5) lectures communes au Club de lecture de l'Association 2AUTA. Il a été proposé et présenté par l'une des participantes.

 

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L'histoire se déroule dans un petit village de Mayenne, entre une maison, rebaptisée "Ker Ael", et un bistrot, "le café du Bosco". La maison est celle d'Etienne et Fauvette, le café appartient à Lucien (dit le Bosco), petit frère d'Etienne.

Ainsi, naviguent entre ces deux lieux,6 amis qui ont fait une promesse au Bosco (page 86) : venir à tour de rôle faire vivre la maison. Au fil des chapitres, on découvre la personnalité de chacun, Léo Mottier, Henri Berthelin (dit l'andouille), Paradis, Ivan, Madeleine, Constant Blancheterre.

Pour ne rien oublier de chacun de leur passage, un carnet de bord est tenu au café, un cahier à Ker Ael, soigneusement rangés après chaque visite... ou non.

Dix mois passent ainsi. Mais la promesse leur pèse de plus en plus. Ils renoncent les uns après les autres et s'en dégagent avec l'accord du Bosco, en faisant un dernier hommage à Fauvette et Etienne.

La fin de l'histoire n'est pas forcément celle que l'on attendait.

 

J'ai lu 2 fois ce livre (217 pages). A la première lecture, j'avais aimé, sans plus. En y revenant -après avoir eu une discussion avec l'amie qui l'avait beaucoup aimé-, j'ai mesuré la force de ce roman : une histoire un peu fantastique avec un mélange de fiction et de réalité, une atmosphère étrange, de nombreux détails et symboles : amour, amitié, fraternité, mensonge, vérité, courage, croyances, devoir de mémoire, passage dans l'au-delà. Les expressions ("ce pluvieux de presque automne, sa peau d'obscurité, se tenir par les yeux, ne jamais se quitter du coeur, fait claquer sa langue, on dirait qu'il cherche un mot entre ses dents, boire son vin à petits regrets, dehors il faut septembre, c'est-à-dire presque rien", etc.) et le style particulier de Sorj Chalandon, l'alternance des chapitres, la poésie dans l'écriture, les références à René Char, Hippolyte Violeau, Alfred de Musset et d'autres poètes immortels, font que tout dans ce livre nous séduit. Il faut juste prendre son temps pour lire aussi entre les lignes.

Voici deux passages lus à haute voix, au Club de lecture :

"Elle a ouvert le livre au milieu, au hasard. Elle aime surprendre les phrases sans qu'elles s'y attendent. Les phrases qui paressent, qui pensent qu'elles ont le temps. Qu'il y a tant et tant de pages avant elles, qu'elles peuvent sommeiller à l'ombre des mots clos". (pages 95-96)

"Lorsqu'il ne restait plus que cinq minutes avant la sonnerie, (Fauvette était institutrice) elle faisait lever les écolier pour la rejoindre sur l'estrade, assis autour de son bureau. Elle disait que c'était l'heure du silence. Chaque soir, elle leur lisait un peu de poésie. Elle cherchait le simple au milieu des sonnets, le plus facile à lire et à comprendre, elle cherchait des mots pour les enfants. Et tant pis si ce n'était pas le début, pas la fin, tant pis si c'était quatre strophes au milieu du poème. Un peu de Victor Hugo, un peu de Mallarmé, un peu de Hérédia et les gamins prenaient la mer, le soleil levant, les nuages de pluie, ils frissonnaient de bateaux chavirés, de coeurs blessés, de mains ouvertes, ils écoutaient ces phrases soyeuses, tout ces mots rassemblés en musique, ils riaient lorsqu'ils parlaient d'amour, bruissaient quand ils disaient le danger, se figeaient aux échos de la mort. Et chaque soit,en rentrant ches elle, Fauvette cherchait quelques rimes pour le lendemain". (page 164)

Et puis la fin de l'histoire est un sujet d'actualité qui interpelle un grand nombre de "séniors".

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page 72

"...Il (le Professeur Blancheterre) a cherché un livre dans la bibliothèque. Il a choisi "Nouveaux loisirs poétiques" d'Hippolyte VioleauIles. Il a lu à voix haute six lignes de la page 145 :

 

"... Au-delà du cercueil l'âme me restera,
Et pour vous consoler le ciel me donnera
La place de votre bon ange.
Conservez avec soin tout ce que j'ai chéri ;
Gardez mes vers, mes fleurs, mon oiseau favori,
Je serai là, que rien ne change !..."

 

page 217

"... Il (toujours Blancheterre) avait fermé le livre vert en laissant son doigt dedans. Il l'ouvre. Il ne lit pas. Il a lu et il sait. Il regarde le Bosco, puis s'attarde dans les yeux de chacun. Il referme le livre. Il le tient à deux mains, comme un coffret précieux. Il penche la tête. Il récite.

"Et marchant à la mort il meurt à chaque pas.
Il meurt dans ses amis, dans son fils, dans son père.
Il meurt dans ce qu'il pleure et dans ce qu'il espère
Et sans parler des corps qu'il faut ensevelir
Qu'est-ce donc oublier, si ce n'est pas mourir".

Alfred de Musset
Lettres à Lamartine
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