Asphodèle en avait parlé dans un billet ICI

 La plus que vive Christian Bobin

 

«Peu de livres changent une vie. Quand ils la changent c’est pour toujours, des portes s’ouvrent que l’on ne soupçonnait pas, on entre et on ne reviendra plus en arrière.» page 54.

Je ne me souviens plus dans les détails du billet d’Asphodèle. Et c’est tant mieux, je ne serai pas influencée ! Mais si mes souvenirs sont bons elle a beaucoup aimé et a eu les larmes aux yeux.  Moi non, même si ce texte est touchant.

4e de couverture : «Tu meurs à quarante-quatre ans, c’est jeune. Aurais-tu vécu mille ans, j’aurais dit la même chose : tu avais la jeunesse en toi, pour toi. Ce que j’appelle jeune, c’est vie, vie absolue, vie confondue de désespoir, d’amour et de gaieté. Désespoir, amour, gaieté. Qui a ces trois roses enfoncées dans le cœur a la jeunesse pour lui, en lui, avec lui. Je t’ai toujours perçue avec ces trois roses, cachées, oh si peu, dessous ta vraie douceur.» reprise de la page 54.

A la Fnac, j’avais commandé en même temps Une petite robe de fête et La plus que vive, deux petits livres que j’ai lus dans la foulée.

La plus que vive est vite lu (110 pages). C’est un roman ou le récit de deux vies qui s’arrêtent ce 12 août 1995. L’une est morte et l’autre a arrêté le temps à ce jour de grande douleur.

Tout au long de ces chapitres courts, Christian Bobin chante un hymne à l’amour à sa femme, Guislaine, et s’adresse à elle comme si elle était encore vivante : «Il y a mille façons de parler aux morts.» page 49, et écrit au présent.

Mais, comme tout était trop beau dans ses deux autres livres (et sonne faux à mon goût), je suis restée presque insensible, tellement c’est trop. Là encore je trouve que Bobin se force à écrire le contraire de ce qu’il ressent. Impossible autrement. Je conçois qu’on puisse aimer avec un grand A, que certains couples soient fusionnels, mais là ça fait beaucoup pour un seul homme et c’est idéal pour bâtir un livre…

«Je t’aime : je ne sais plus écrire, je ne vois plus que cette seule phrase à écrire, c’est toi qui m’as appris à l’écrire, c’est toi qui m’as appris à la prononcer comme il faut, avec une énorme lenteur, en détachant chaque mot…» page 13.

Voilà une des longues phrases interminables, comme une litanie, à nous en couper le souffle, à nous en faire perdre le fil comme si l’auteur avait décidé de nous obliger à relire. Des phrases qui font une page ou plus, et deux chapitres qui sont une seule phrase (pages 32 à 35 et page 75), ce n’est pas facile à digérer, même si le style et les mots sont simples.

On retrouve les contraires : rire et larmes, bonheur et malheur, amour et jalousie, vie et mort, néant ou Dieu, corps et âme, sur la terre et dans le ciel…

Celle avec qui il a partagé 16 ans de vie, et qui lui parlait souvent des Hauts de Hurlevent, était parfaite, «géniale», avec ses qualités et ses défauts «déchirée et radieuse» : «Si je ne disposais que de deux mots pour te dire, je prendrais ces deux-là «déchirée et radieuse». Si je ne disposais plus que d’un seul, je garderais celui-là qui contient les deux autres : «aimante». C’est ce mot que tu portes à merveille, comme ces foulards de soie bleue autour de ton cou, ou ce rire dans tes yeux lorsqu’on venait de te blesser.» page 51.

J’ai aimé également ses définitions de la mort, de l’intelligence, de la joie, à découvrir en lisant ce livre !