Prendre conscience de ce que l’on aime, c’est aimer encore plus. Cette précision étant donnée, je vais tenter d’écrire quelques lignes sur

«Vinci et l’ange brisé» de Didier Convard

Vinci et l'ange brisé

En 1494, une série de meurtres féroces sèment la panique à Milan, Venise et Florence : «des villes dans lesquelles je m’installais un temps n’étaient rien d’autre que des scènes de théâtre où j’interprétais mon drame» page 182. 4 notables sont retrouvés morts, le visage savamment écorché par 4 étranges créatures.

La 1ère ligne du 1er chapitre : «L’écorchage d’un visage n’est guère chose aisée» donne le ton.

Les chapitres du récit que fait François 1er  à un ami religieux, 25 années plus tard, alternent avec les chapitres, en italique, où Le Vinci prend la parole en employant le «je». Ainsi, très vite, on découvre qui est le criminel.

Il fallait donc s’y attendre. Si l’auteur nous livre d’emblée le nom du tueur, c’est qu’il veut nous amener sur une autre piste…

«Le Vinci se saisit d’une plume qu’il trempe dans un encrier… l’encre est froide… Sa main gauche trace plusieurs lignes d’une étrange écriture. Une langue imaginée par un esprit torturé… Car le Vinci écrit à l’envers, de droite à gauche… : L’Ange se venge… La Lumière jaillit de l’Ombre.» page 46.

Mais pourquoi ces 4 meurtres épouvantables ? Y a-t-il un lien entre ces 4 victimes ?

Dans ce thriller, sur fond d’Histoire, en deux parties : «l’ombre et la lumière», l’auteur aiguise notre curiosité jusqu’au bout de ces 354 pages. 

Tous les ingrédients d’un polar sont réunis :

des policiers, deux fins limiers, des témoins et des indices mais jamais de preuves suffisantes,

4 victimes : un notaire (1er visage, page20), un architecte (2e visage, page 118), un capitaine (3e visage, page 193), un docteur (4e visage, page 289),

4 monstres ou machines infernales ?

deux agents secrets, le More, Duc de Milan

et l’écorcheur, assassin présumé, le séduisant Léonard de Vinci, ce génie, accompagné de Salaï, un adolescent impertinent qui veut être son fils à tout prix : «Le Vinci avait chargé cette défroque squelettique sur son cheval afin de la ramener chez lui… Le petit inconnu se révéla être un jeune loup menteur, chapardeur et sournois. Léonard le surnomma Salaï. Démon ! Un démon dont il fit un piètre préparateur de couleurs, un dessinateur peu habile et un médiocre serviteur. Mais auquel il parvint laborieusement à inculquer des rudiments de savoir-vivre qui pouvaient faire illusion dans la société qu’il fréquentait.» pages 43-44, et de la petite silhouette mystérieuse, «son Ange», «sa Mona».

Et puis, surtout il ne faut pas négliger les détails sur la vie, la peinture et les inventions du Maître. Didier Convard rappelle ce que nous savons déjà, les vérités, les anecdotes, les rumeurs et les légendes sur Le Vinci, en y mêlant les ingrédients de son inspiration.

«Je pourrai retourner à Milan. Où je terminerai enfin la Cène du réfectoire des moines de Santa Maria della Grazie ! Il ne me reste plus que le visage de Judas à peindre… Je saurai comment le composer. Quels traits lui donner ! L’incarnation parfaite du mal, de la bassesse, de la lâcheté et de la honte…» page 207

Didier Convard nous dépeint Le Vinci comme un être beau, puissant, doux, aimant et comme un prédateur diabolique qui n’aspire qu’à assouvir sa vengeance.

«Car il m’arrivait de penser que je me dédoublais, me comportant en créature bicéphale, respectant la vie lors de ses phases diurnes, épousant la mort lors de ses phases nocturnes.» page 182

J’ai relevé une foison de contrastes : la vie, la mort / l’amour, la haine / l’ancien, le jeune / le père, le fils / le court, le long / le passé, le présent / le rêve, le cauchemar / le bonheur, le malheur / la joie, la douleur / la beauté, l’horreur / le géant blond, la petite brune / la force, la faiblesse / la clarté, l’obscurité / l’ange, l’archange / Dieu, Satan, comme des croquis à l’encre de chine qui se colleraient à l’écriture pour lui donner plus de force.

Pour terminer, quelques définitions :

L’hiver : on verra les arbres perdre leurs feuilles et le cours des fleuves s’arrêter

Le rêve : les hommes marcheront sans bouger, ils parleront à ceux qui ne sont pas là, ils entendront parler ceux qui ne disent rien…

La mort : être infiniment petit et infiniment grand à la fois. Avoir la conscience exacerbée au point de révéler son esprit à l’Univers, son âme à Dieu et sa haine à son frère Lucifer

J’ai beaucoup aimé ce livre que Célestine m’a offert pour le Swap de Noël. Elle sera rassurée ! Ma recherche sur l’histoire de Léonard de Vinci va continuer. Je vais à mon tour m’employer à le décortiquer pour tout savoir de lui !

L’auteur, Didier Convard, est né le 16 janvier 1950 à Paris. Il a été dessinateur, scénariste de BD et écrivain. Il fera vivre le prochain Astérix (sortie prévue en octobre prochain -source BFMTV !- car Uderzo passe la main.)